Paroisse Saint-François-de-Sales

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Messe de la Résurrection

Publié par Père Dominique Adam le 4 avril 2021

Homélie

En ce dernier chapitre de l’évangile de Marc, les héros ne sont pas des héros – puisque les Apôtres ont tous lâché le Maître, au moment de son arrestation – mais des héroïnes : Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé ; elles se rendent au tombeau pour embaumer le corps de Jésus, chose qu’elle n’ont pas pu faire la veille, du fait du grand sabbat qui eut lieu le soir de la mort de Jésus. Elles viennent accomplir les rites funéraires.

La semaine prochaine, je célébrerai une messe pour une personne DCD durant la crise sanitaire, à une période où il était difficile pour la famille de se réunir autour de son défunt. D’autres familles m’ont demandé la même chose, de pouvoir faire une petite célébration pour honorer la mémoire d’un être cher, parti parfois sans que la famille ait pu assister – ou alors par écrans interposés – à ses derniers moments !

C’est extrêmement douloureux pour les familles de n’avoir pu célébrer cet « au revoir », cet « remise à Dieu », que les gens soient ou non croyants : on a le sentiment que quelque chose n’a pas été fait, et ce manque accroît encore le vide laissé par la personne disparue.

Les femmes qui se rendent au tombeau, de grand matin, ont ce besoin d’accomplir les rites funéraires qu’elles n’ont pu accomplir jusque-là. Pas simplement par devoir, pas simplement pour honorer leur maître, mais pour qu’elles-mêmes puissent faire ce passage
de la présence à l’absence, et entrer ainsi dans ce que l’on appelle : le deuil.

Cependant, quand elles arrivent, la pierre est roulée. Pour nous le dire, Marc, l’évangéliste, choisit avec soin ses mots :

Lecteur/rice :

« Levant les yeux, elles s’aperçoivent que la pierre avait été roulée sur le côté, car elle était fort grande ! »

« car elle était fort grande », c’est une explication qui n’en est pas une ! On s’attendrait à ce qu’on nous dise par qui cette pierre a été roulée, là on aurait une explication, mais Marc ne nous dit rien sur le comment ni par qui. Par contre, il insiste sur le fait que cette pierre était « fort » grande, comme pour nous dire que, à dimension humaine, il n’était pas possible de rouler cette pierre. Peut-être avez-vous pris comme une maladresse d’écriture la façon dont Marc nous dit qu’elles voient la pierre roulée : « Levant les yeux…, elles voient… » Quand on marche, on regarde devant soi, et donc normalement, elles voient d’emblée la pierre roulée ; elles n’ont pas besoin de lever les yeux pour cela ! Ce n’est pas une maladresse de style. Mais Marc veut sans doute nous faire sentir qu’à côté du « voir » physique, charnel, il y a un « voir » intérieur, qui est de l’ordre d’une contemplation, et que ces femmes commencent à pénétrer le sens de ce qu’elles voient : la pierre roulée qu’aucune force humaine n’aurait pu déplacer est bien plus qu’une simple pierre fermant un tombeau ; elle représente l’ouverture des portes de la mort.

Lecteur/rice :

« Etant entrées dans le tombeau, elles virent un jeune homme assis à droite, vêtu d’une robe blanche ; et elles furent saisies de frayeur. »

Les femmes sont saisies de frayeur en voyant ce jeune homme. On le serait à moins ; elles s’attendent à voir un cadavre, et c’est un jeune homme qui leur apparaît !

Il y a eu la pierre roulée, et maintenant ce jeune homme…
Où en sont-elles, dans la compréhension des choses ?, Marc ne nous le dit pas, mais on peut penser qu’à ce stade une part d’elle-même est en train de s’ouvrir à l’inouï de la résurrection, tandis qu’une autre part repousse cette idée comme étant totalement insensée.

Le jeune homme leur dit :

Lecteur/rice :

« Ne vous effrayez pas, c’est Jésus que vous cherchez, le Nazarénien, le crucifié. Il s’est relevé, il n’est pas ici. »

Dans la même phrase, il y a : le crucifié et le Relevé, cad le Ressuscité. : c’est bien le même. On ne peut pas séparer l’un de l’autre, c’est le même mystère qui nous est donné à contempler, avec une face douloureuse : la croix, et une face glorieuse : la résurrection. Mais l’amour du Père est déjà totalement manifesté
dans la croix, c’est pourquoi sur celle-ci, Jésus pourra dire : « Tout est accompli. »

Lecteur/rice :

« Mais allez, dites à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit. »

La Galilée, ici, n’est pas tant un lieu géographique qu’un lieu symbolique. C’est là où Jésus m’appelle comme il appela les premiers disciples au bord du lac de Galilée ; c’est là qu’il m’invite à le rencontrer, dans ma Galilée, qui n’est autre que ma propre histoire. Il m’y précède, c’est toujours lui qui a l’initiative de la rencontre.

Il faut juste que j’ouvre mon coeur à cette rencontre.

Le Christ a rejoint Daniel, qui, dans quelques minutes – si je ne suis pas trop long - sera baptisé ; il l’a rejoint dans sa Galilée, dans le lieu le plus secret de son cœur, où il a été appelé :
cet appel a sans doute été au départ quelque chose d’un peu mystérieux, de difficile à traduire, à décoder, peut-être même quelque chose qui faisait un peu peur, car on sent plus ou moins confusément que cet appel, si l’on décide d’y répondre, nous obligera à un lâcher prise. Avec l’aide de son épouse, de ses proches, des rencontres qu’il a pu faire, cet appel a fini par s’imposer à lui comme étant bien un appel venant d’en-haut ! Et Daniel a décidé de faire le pas :
en demandant le baptême, il répond « oui » à cet appel à devenir à son tour disciple du Christ.

Qu’est-ce que cela change ?

En apparence, cela ne change rien ; Daniel sera le même hier, aujourd’hui et demain. Ses relations seront les mêmes, ses préoccupations seront les mêmes, ses projets seront les mêmes, avec cette heureuse perspective d’ici quelques mois de pouvoir épouser, en se mariant à l’Église, celle qu’il aime, et qui lui a déjà donnée deux charmantes demoiselles. Cela poursuivra son cours, je l’espère bien évidemment.

Tout sera néanmoins changé.

Parce qu’en répondant à l’appel du Christ, en mettant ses pas dans ceux du Christ, il sera amené, et cela de plus en plus, à vivre selon les valeurs de l’Évangile, qui, n’en doutons pas, sont à l’opposé des valeurs de ce monde. Il suffit de relire les Béatitudes pour s’en convaincre : la justice, la paix, la miséricorde, la douceur, l’humilité sont les valeurs phares de l’Évangile. Rien ne change et tout change quand ces valeurs deviennent le code de conduite à travers lequel je décide d’avancer dans la vie.

(Il y a des feux vert, des feux orange, des feux rouge. Des passages souterrains et des sens interdits. Bon, je ne vais pas déployer tout le code de la route, vous m’avez compris !)

Mais ces valeurs ne seraient que des empêcheurs de tourner en rond si elles ne m’indiquaient le chemin de la vie, de la vraie vie.

Nous voyons ici ou là, en cette période de crise sanitaire, des rassemblements de jeunes : à Marseille, Lyon, Lille et ailleurs …, ces jeunes nous disent qu’ils ont besoin de se sentir vivre…, de faire la fête, de s’éclater… La vie n’est pas faite pour être confinée, embaumée…

Notre premier réflexe, à nous adultes, est de juger ces comportements comme étant égoïstes, irresponsables, puérils… ça n’est sans doute pas tout à fait faux.

Pour autant,

Ces jeunes manifestent probablement une confiance dans la vie, que nous avons perdue, d’où notre malaise devant ces comportements. Que notre jeunesse n’ait pas envie de sortir, de faire la fête, qu’elle se confine sans broncher, sans sourciller, serait sans doute le signe que notre société est plus malade encore qu’elle n’y paraît.  

A travers ces comportements, ils nous disent aussi, pas seulement pour aujourd’hui, mais pour demain, leur refus d’une vie pour laquelle ils ne sont pas prêts à faire des sacrifices : cette vie bien tranquille, sécurisée, aseptisée pour laquelle nous faisons tant d’efforts et mettons tant d’argent. Combien de vies qui ne sont plus que des assurances-vie, c’est-à-dire des vies mortes, desséchées, aseptisées, où tout est réglé d’avance.

Peut-être nous faut-il relire notre vie, et peut-être même notre présent le plus immédiat,
pour nous demander : après quoi est-ce que je cours… ? : après ce passé dont on me promet qu’il va revenir « comme avant » - ça n’est qu’une question de temps et de vaccins ? Mais comprenez bien, si je cours après un passé qui n’existe plus, n’est-ce pas que je suis déjà mort… ? Parce que si la vie de demain est comme celle d’hier, c’est que cette pandémie n’aura été qu’une parenthèse – certes coûteuses en vies humaines, avec les conséquences que l’on connaît pour les familles endeuillées, coûteuses en terme de PIB, coûteuses en efforts incessants pour le personnel soignant, et pour bien d’autres…,

Mais elle n’aura été qu’une parenthèse, plus ou moins vite refermée.  

On peut espérer – il nous faut, je crois, espérer - que cette épreuve aura eu le mérite de nous faire sentir combien la vie est fragile et belle, et que sa beauté réside précisément dans sa fragilité.

guitare

Combien de gestes de solidarité, de fraternité même, n’avons-nous pas été témoins durant cette période ? Combien de jeunes se sont mobilisés, particulièrement lors du premier confinement, pour assister des personnes âgées, porter des paniers repas, faire des courses, et encore à Noël dernier, pour porter des cadeaux aux personnes en situation de précarité ?

Au lieu de ne voir que le côté sombre, et de sans cesse se plaindre, levons les yeux comme les femmes au tombeau, sur ces lumières d’espérance, plus nombreuses que nous ne le pensons. C’est là, dans la Galilée de ces gestes tout simples et fraternels, que nous pourrons rencontrer le Christ, comme il nous l’a dit.

Amen.

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