Homélie – Toussaint 2020

Nous sommes à nouveau plongés dans l’horreur. Dans l’innommable, avec ce dernier attentat meurtrier, à l’intérieur même d’une église de notre diocèse, au cœur de la ville de Nice.

Pourquoi ?

À cause des caricatures ? Bien sûr que non. Ça, c’est l’excuse qui voudrait justifier un tel acte.
La cause de ces assassinats barbares et aveugles est beaucoup plus profonde : elle est à rechercher dans le rejet d’une culture, d’une civilisation – judéo- chrétienne –, dont les valeurs ont forgé notre pays, la France.

Ce sont ces valeurs que des idéologies rhabillées en religion ont entrepris d’attaquer, en tentant de semer la peur, le chaos, la division parmi notre population.
Nos responsables politiques ont bien compris cela, qui nous appellent à l’unité, même s’ils divergent sur les moyens à mettre en œuvre pour prévenir ces attentats.

Oui, l’unité est plus que jamais nécessaire pour faire barrage à ceux qui veulent nous diviser ; or la division commence dès que l’on se montre prêt à relativiser les valeurs qui fondent notre société. Parmi ces valeurs, il y a la liberté d’expression.

Personnellement, je n’ai jamais lu Charlie Hebdo, et je n’ai pas l’intention de le lire ; mais je suis fier d’appartenir à un pays qui permet cette liberté d’expression, y compris sous forme de caricatures, celles-ci fussent-elles outrancières.

Cela étant dit, comment entendre, tout particulièrement aujourd’hui, cet évangile des Béatitudes ?
Ici ou là, sur les chaînes ou les radios d’information, quand on interroge nos concitoyens sur ce dernier attentat, le mot qui revient le plus souvent, c’est le mot « colère »… Oui, comment ne pas l’être, en colère ?

Comment entendre, dans le contexte qui est le nôtre, comment entendre Jésus nous dire: Heureux les artisans de paix !

Eh bien, oui, c’est une chance que nous ayons cette parole à entendre aujourd’hui.
Car que nous dit Jésus, exactement ? Il nous dit que la paix ne tombe pas du ciel.
La paix est à fabriquer, c’est un artisanat, c’est quelque chose à faire et à refaire chaque jour…
Non, la paix, ce n’est pas un produit tout fait : elle ne s’achète pas sur Amazon ou Blablacar…

La paix se construit, se travaille, elle est fragile…, elle est un bien parmi les plus précieux…

Ce que cherchent à faire les terroristes, c’est à nous diviser, nous tous, sur les valeurs qui fondent notre république, mais c’est aussi à nous diviser, chacun de nous, intérieurement.
Ce danger, nous ne devons pas le sous-estimer.

La paix, nous, chrétiens, nous la recevons de Dieu. La première parole que Jésus prononce après sa résurrection, quand il rejoint ses disciples, c’est: « La Paix soit avec vous. »

La paix est un don de Dieu, c’est un cadeau de Jésus, parce que lui-même a vaincu les forces du mal.
Mais il a encore besoin de nous pour que cette paix s’établisse sur terre, entre les hommes.

Or elle ne pourra s’établir entre les hommes que si elle règne, d’abord, dans notre cœur.

Les actes barbares auxquels nous sommes confrontés visent à étouffer cette paix, cadeau du Seigneur, pour faire régner en nous la colère. Et, si c’est la colère qui l’emporte sur la paix, alors les terroristes auront gagné.

C’est ce qu’a bien compris Antoine Leiris, qui eut la douleur de perdre sa femme, tuée dans l’attentat du Bataclan : cet homme a répondu en écrivant son bouleversant Vous n’aurez pas ma haine.

Jésus nous a donné sa paix, cette paix qu’il a gagnée contre les forces du mal, et il veut que cette paix soit en nous, qu’elle règne en nous, qu’elle nous habite profondément.
Si elle est solidement enracinée en nous, alors nous saurons résister aux assauts de la colère, de la haine, de la soif de vengeance que nous sentons parfois monter en nous. Ne laissons pas les terroristes nous enlever cette paix, elle est notre bien le plus précieux, ce qui fait que nous sommes appelés rien de moins que « fils de Dieu » !

De toutes les béatitudes, c’est la seule qui nous vaille le titre de « fils de Dieu ». C’est l’expression la plus belle de notre ressemblance avec le Christ.

Elle est à préserver coûte que coûte. C’est cela, notre combat. Face à la haine, face à l’adversité, face à tout ce qui menace cette paix, il faut la protéger, car c’est elle qui nous maintient debout. Et la protéger, ça veut dire combattre. Il ne s’agit pas d’un combat avec des armes, mais d’un combat intérieur, que nous avons à mener dans la prière et en dépit des larmes. C’est ce combat-là que Jésus a mené dans le jardin de Gethsémani, lorsque l’angoisse de la mort l’a assailli, c’est le combat qu’il a mené sur la croix, victorieusement, puisque personne, pas même ses bourreaux, n’a pu lui enlever cette paix intérieure, qui vient de notre relation à Dieu, de cette certitude d’être enfant de Dieu, et aimé de lui.

Donc, autour des principes et des valeurs qui fondent notre société, maintenons l’unité extérieure.
Pour que notre colère ne l’emporte pas sur la paix, veillons à conserver notre unité intérieure.

Vous n’aurez pas ma haine, vous n’aurez pas, non plus, ma colère. Je n’ai rien d’autre à vous donner que la paix qui vient du Christ.

Amen.

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