6e dimanche du temps pascal

Homélie du dimanche 17 mai 2020

 

Si je vous demandais de me répéter, de mémoire, cet évangile que notre diacre, Jean-Pierre, vient de proclamer, vous auriez peut-être quelques difficultés. Pourquoi? Parce que saint Jean se répète, et se répète tellement que ça en devient confus. Enfin, on a du mal à en saisir le fil conducteur. Il n’y a pas de personnages, pas d’intrigue, pas de conflits à dénouer, pas d’opposants…, on en vient même à oublier que tout cela se passe au cours d’un repas, celui-là même où Jésus a lavé les pieds de ses disciples. Là, on était dans le concret, avec ce Pierre se rebiffant quand Jésus veut lui laver les pieds. Ça, on aime! Oui, mais tout de suite après, alors que ses pauvres apôtres devaient attendre le dessert, Jésus leur assène une série de discours où il dit qu’il part mais sans partir vraiment, qu’ils ne peuvent pas venir là où il va mais qu’il leur prépare tout de même une place, et qu’il va leur envoyer quelque chose – on ne sait pas très bien d’ailleurs si c’est lui ou le Père, ou les deux, bref, quelque chose qui les conduira à la vérité… Mais, comme a dit l’autre – Ponce Pilate pour ne pas le nommer -, qu’est-ce que la vérité?

Peut-être avons-nous, dans ce passage, une partie au moins de la réponse. Il y est bien question de vérité, ou plutôt de l’Esprit de vérité. C’est d’ailleurs étrange comme association, mais c’est Jésus qui la fait. Et dans un contexte particulier, celui d’une défense: « Il vous donnera un autre Défenseur qui sera toujours avec vous: l’Esprit de vérité. » S’il y a un défenseur, c’est qu’il y a une accusation. Et donc on comprend que l’esprit de vérité nous est donné pour faire advenir la vérité, vérité qui ne va pas de soi puisqu’elle demande à être défendue.

De quelle vérité s’agit-il? La lettre de Pierre nous donne peut-être la réponse: « Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous. »

La vérité que nous avons à défendre, c’est l’espérance que nous mettons en Christ.

Donc, Jésus nous a prévenus: le croyant ne vit pas – et ne vivra jamais – dans une situation confortable. Car cette espérance que nous mettons en Christ aura toujours besoin d’être défendue. Pas avec les armes, mais, nous dit saint Pierre, avec douceur et respect. S’il n’y avait que la douceur, on pourrait craindre que le croyant soit une sorte de bisounours, détenteur d’une parole mièvre, qui aurait perdu son sel et sa saveur. 

C’est pourquoi il y a aussi le respect; et le premier respect, finalement, que je dois à l’autre, c’est qu’il trouve en face de lui quelqu’un de convaincant, quelqu’un de ferme dans ses convictions, un adversaire à sa hauteur.

Pour cela, nous avons besoin, nous dit Jésus, de l’Esprit de vérité. 

Ce n’est pas que nous ne sommes pas capables de défendre nos convictions, mais le faire avec douceur et respect, cela est beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît.

Soit nous délivrons une parole consensuelle, mais qui n’a aucune chance de mettre autrui en chemin, soit nous nous servons de la parole comme d’une arme, une arme idéologique, qui cherche à imposer, par la peur, la culpabilité, voire l’infantilisation.

 

Parler avec justesse – dans le langage de Pierre, avec douceur et respect – s’apparente à un exercice d’équilibriste.

Jésus lui-même, d’ailleurs, se méfiera du langage, c’est pourquoi il parlera souvent en paraboles: le langage parabolique invite l’autre à faire un chemin, tout en respectant sa liberté. Par exemple, la parabole du Bon Samaritain. Jésus ne donne pas la réponse à l’homme qui lui pose une question – ; il raconte une histoire pour que son interlocuteur passe d’une question à une autre: la question de départ était: Qui est mon prochain? La question à l’arrivée est celle-ci: Comment devenir le prochain de l’autre?

Voilà comment Jésus nous invite à venir à la vérité!

 

Alors, d’accord, nous ne sommes pas Jésus. Et on n’a pas toujours une parabole à disposition sous la main… Mais la leçon que nous pouvons retenir du langage parabolique, c’est qu’il invite l’autre à faire la vérité sur lui-même, parce qu’il dévoile le secret des coeurs. Du coup, la façon dont je vais rendre compte de l’espérance qui est en moi, ce n’est pas en assenant des vérités ou des dogmes, mais en permettant à l’autre de faire un chemin sur lui-même, d’advenir à lui-même, et donc d’une certaine manière de lui permettre de découvrir que le message du Christ ne lui est pas totalement étranger, mais qu’il répond déjà à une soif de son coeur.

 

Eh bien, pour ça, mes amis, nous avons besoin de l’Esprit de vérité, de ce dynamisme que le Seigneur nous donne pour que nous ne restions pas nous-mêmes accrochés à nos vérités, mais que nous soyons ouverts, nous aussi, à l’inattendu de l’Evangile, cad à le recevoir sans cesse comme une parole neuve, que je ne peux en aucun cas enfermée dans un savoir, parce que cette parole est vie, et qu’elle communique la vie, ou plutôt un « surplus » de vie; elle est comme le dira Jésus à la Samaritaine, comme une eau jaillissante en vie éternelle.

 Je pense que c’est bien ce « surplus » de vie qu’il sentira en nous, qui fera que l’autre aura envie de faire un chemin vers le Christ. L’Esprit de vérité nous est donné, non pas pour nous, puisqu’il demeure déjà en nous, de par notre baptême; il nous est donné pour le bien de l’autre, pour ce monde qui ne connaît pas Dieu, et qui lui, est comme orphelin.

Un monde qui n’attend pas de paroles creuses ni même réconfortantes, mais une parole qui tient la route, et qui fait ce qu’elle dit. Amen.

 

 

partager cet article

Partager sur facebook
Partager sur google
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur pinterest
Partager sur print
Partager sur email
Retour haut de page