5e dimanche du temps pascal

Homélie du 5e dimanche du temps pascal

Demain, nous allons sortir du confinement, ou plutôt nous allons entrer dans une période de desserrement du confinement. Nous allons un peu respirer, mais avec cette épée de Damocles au-dessus de nos têtes, d’un retour toujours possible à un confinement strict.

On entend dire ici ou là, que plus rien ne sera comme avant. D’autres pensent tout le contraire; que tout va revenir comme avant, c’est juste une question de temps, et ce temps de confinement ne saura plus en quelque sorte qu’une parenthèse dans notre vie. Dans notre vie, j’ai envie d’ajouter: bien remplie!

Une vie bien remplie, n’est-ce pas ce à quoi nous aspirons tous?

Mais remplie de quoi?

Vous avez remarqué que, depuis cette période du confinement, à la télé, dans les médias, les personnes qui sont mises à l’honneur sont les personnes qui sont actives, et qui font quelque chose de visiblement utile à la société: les soignants, les éboueurs, le personnel des grandes surfaces, les gendarmes, les pompiers. C’est très bien, d’autant que cela permet de mettre un peu le projecteur sur des professions pas toujours bien reconnues, et qui mériteraient certainement de l’être davantage.

Eux ne se posent pas la question de savoir de quoi ils vont remplir leur journée: demain, après-demain, etc.

Mais les autres, ceux qui se retrouvent contraints à rester chez eux, sans même pouvoir accéder au télétravail, parce que ça n’est pas possible du fait de leur profession, de quoi remplissent-ils leur journée…?

Il y a l’ordinateur, l’explosion des jeux vidéos, les programmes des chaînes privées, le bricolage, le jardinage pour certains, pas plus d’une heure; il paraît qu’il faut aussi s’attendre à un babyboom dans 9 mois, excellente occupation…, pas plus d’une heure non plus, il ne faut pas abuser…; mais vous voyez, on n’en parle pas… ou peu;  parce que ça ne répond pas à la définition d’une vie bien remplie. Parce que ce sur quoi on juge notre vie, c’est sur le « faire »:

une vie bien remplie, c’est une vie où notre agenda est bien remplie, où l’on court de rendez-vous en rendez-vous, de réunion en réunion, et où, six mois à l’avance, au minimum, on a déjà programmé ses vacances…

Mais est-ce cela une vie réussie? Est-ce qu’une vie réussie, c’est une vie « bien remplie »? On a l’impression, dans le discours ambiant, que seul est valorisé l’utile, l’utilitaire…

D’ailleurs, on se précipite pour remettre les enfants à l’école, pas pour des raisons psychologiques liées au confinement, si celui-ci devait encore se prolonger, mais pour permettre aux parents de « faire », de faire repartir la machine économique, n’est-ce pas cela, au fond, l’objectif visé?

On comprend que, dans ces conditions, les restaurants, les cinémas, la culture, et bien sûr les lieux de culte, ce soit la dernière roue de carrosse… On y fait quoi? On y entretient des liens d’amitié, on se détend, on se cultive, on prie, autant d’activités qui n’en sont pas vraiment…, ou qui ne sont qu’« accessoires ».

« Je suis » le chemin, la vérité, la vie…

Jésus ne dit pas: « Je fais », ou j’ai fait telle et telle chose, voici mon carnet de rendez-vous, consultez-le! Mais: « Je suis. »

Et si le critère d’une vie réussie, ce n’était pas le « faire », l’accumulation des choses que l’on a faites, mais ce que l’on est devenu, ce qu’on a gagné en qualité d’être?

Remarquez que, dans cette perspective, peu importe notre âge: on n’est pas un « retraité » du fait qu’on a atteint l’âge de la retraite, parce qu’on n’a jamais fini de se faire, on n’a jamais fini d’être soi-même…

Et du coup, la question que j’ai envie de poser est la suivante: est-ce que ce temps de confinement m’aura permis d’être davantage moi-même? Et alors, ce confinement n’aura pas été une simple « parenthèse » dans notre vie, mais une expérience, à certains moments certainement douloureuse mais aussi, mais aussi enrichissante, où j’aurais appris à mieux me découvrir, à mieux comprendre qui je suis, avec mes points forts et mes points faibles, et peut-être à partir de là, à mieux savoir quelle direction je voudrais que ma vie prenne;

quelle est la femme, quel est l’homme, que je souhaite devenir?

« Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où « je suis », vous « soyez », vous aussi.

Parfois, les enfants du KT me demandent: Mon père, mais qu’est-ce qu’on fera au paradis? On va s’ennuyer?

La réponse de Jésus n’est pas de nous dire ce que l’on y fera, mais ce que l’on sera: je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où « je suis », vous « soyez », vous aussi.

Donc, vous voyez, c’est seulement au paradis que nous pourrons vraiment dire: « Je suis », moi aussi. D’ici là, nous sommes en chemin.

Ce chemin, nous pouvons choisir de le mener seul, ou de le mener avec Jésus. Lui n’attend que ça, de nous rejoindre sur notre chemin, de nous tendre la main, de nous relever chaque fois que nécessaire, et ainsi de nous manifester que nous comptons infiniment à ses yeux.

Amen.

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