4e dimanche du temps pascal

Homélie

Alors nous avons ici une petite parabole sur deux enfants, deux fils qui sont censés aller à la vigne. Parabole qui n’est pas sans rappeler la parabole du fils prodigue chez Luc: avec le fils cadet qui quitte la maison, donc qui s’en va loin de la vigne de son père, puis qui y revient; et le fils aîné, lui, qui a toujours dit « oui » à son père, mais qui ne veut plus entrer dans la maison…

Toujours est-il que Matthieu va nous faire entendre 3 paraboles à la suite: celle des deux fils que nous lisons aujourd’hui, dimanche prochain: celle des vignerons homicides; et le dimanche d’après: celle des noces royales. C’est une chance que la liturgie nous propose pour ces 3 dimanches ces 3 paraboles, parce qu’elles sont dans la continuité l’une de l’autre.

Ici, il est question d’un fils qui dit « oui » mais qui ne fait pas; alors que celui qui dit « non » va finalement obéir à son père.
Parabole des vignerons homicides: la vigne a été confiée à des vignerons indignes qui vont tuer l’héritier, du coup cette vigne sera confiée à une autre nation: là, c’est très clair: les vignerons indignes, c’est Israël; l’autre nation, ce sera l’Eglise. Et puis les noces royales, eh bien ceux qui sont invités ne viennent pas; et ceux qui viennent sont ceux qui n’étaient pas invités au départ.

Voyez, on va aller crescendo: on part de deux fils, un qui dit oui, un qui dit non, qui représentent d’un côté: les pharisiens, de l’autre les publicains; ensuite on a un peuple (Israël) qui dit oui, oui à la Loi, mais qui, dans les faits, n’accueille pas le Fils, autrement dit Jésus; il va donc y avoir un nouveau peuple (l’Eglise); et avec les noces, on pressent qu’il y a une ouverture à l’universel, puisque finalement, ceux qui vont accueillir la parole, sont ceux qu’on n’attendait pas: on sort sur les chemins, et on fait entrer tous ceux qu’on trouve, les mauvais comme les bons. c’est ce qu’on nous dira au v 10: « Et, étant sortis sur les chemins, les serviteurs du maître rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, mauvais et bons; et la salle fut remplie de convives. » Voyez, ça rappelle un peu la parabole du bon grain et de l’ivraie. Tous sont invités à la table des noces, on n’a pas besoin de faire partie des VIP : on est tous invités!

Alors revenons sur la parabole des deux fils. Parce qu’ils nous ressemblent terriblement ces deux fils.
D’abord, évitons une lecture trop simplificatrice: il y aurait le bon fils et le mauvais fils… non, partons plutôt de l’idée que ce sont tous les deux de bons fils. Mais le deuxième, celui qui commence par dire oui et puis qui, finalement, prend une autre direction, celui-là n’a pas pris le temps de s’arrêter: il vit au jour le jour, sans se soucier du lendemain, prenant les plaisirs comme ils viennent, mais n’a pas vraiment de consistance. Alors il dit oui, un peu à tout ce qui vient, sans hiérarchiser les priorités. Le premier, celui qui commence à opposer un refus à son père, exerce tout simplement son droit à la liberté; c’est quelqu’un d’autonome, capable de dire « non ». Il est aussu capable de réfléchir; voyez on nous dit: « Puis, s’étant repenti il y alla. » On a un peu la même scène dans la parabole du fils prodigue: « Alors il descendit en lui- même et se dit: tant d’ouvriers de mon père ont de quoi manger alors que moi, ici, je meurs de faim… »

Qu’est-ce qui se passe? Eh bien il se passe que, pour l’un comme pour l’autre, ils ont, comme le dit Ezéchiel dans la 1re lecture, ils ont « ouvert les yeux ». Ouvrir les yeux demandent une certaine dose de courage et d’humilité. Mais ce que je suis invité à comprendre, c’est qu’avec Dieu, il ne me sert à rien de me voiler la face. Dieu nous aime tel que nous sommes et il est plus grand que notre cœur pour que reprendre les mots de la 1re lettre de saint Jean. Il sait qu’ouvrir les yeux permet de vivre pleinement nos vies, de ne pas passer à côté de ce qui est essentiel dans notre vie. Et ce qui est essentiel est rarement ce qui nous est donné à voir en premier.

Tiens, cette semaine, grandes discussions autour de la tenue vestimentaire des jeunes filles. Peuvent-elles montrer leur nombril à l’école? Non, répond notre ministre: Ce n’est pas une tenue républicaine!
Atteinte à la liberté???

Mais aurais-tu envie de montrer ton nombril si les médias, via les réseaux sociaux en particulier, ne t’assommaient d’images, de photos de femmes habillées de la sorte? Quelle est la part de vraie liberté dans cette décision de montrer son nombril?

Ouvrir les yeux sur ce qui est essentiel: est-ce que mon idéal de féminité se ramène à pouvoir montrer mon nombril à qui je veux quand je veux?

Ouvrir les yeux, réfléchir, faire la part des choses entre ce qui est important et ce qui, finalement, est accessoire. Ouvrir les yeux pour apprendre à être vraiment libre.
Et puis, in fine, ouvrir les yeux pour me rendre compte qu’il y a en moi un être partagé, qu’il y a en moi des fragilités, des blessures, qui font partie de mon humanité.

Ce n’est pas en les masquant, en les gommant, mais plutôt en les acceptant que je vais pouvoir rebondir et avancer dans la vie, dans une vie qui sera mienne et non celle à laquelle on voudrait me conformer.
Ouvrons les yeux et reconnaissons-nous tels que nous sommes en vérité, car la vérité nous libère des fantasmes que nous avons sur nous-mêmes et nous conduit sur le chemin d’une authentique liberté.

Quand nous ouvrons les yeux sur nous-mêmes d’abord, mais aussi sur les réalités qui nous entourent, nous devenons comme les prostituées et les publicains de l’Evangile car nous prenons conscience de notre propre humanité. C’est à partir de celle-ci que nous pouvons nous repentir: le repentir, c’est cette attitude du cœur qui nous permet de prendre ce temps nécessaire de vérité intérieure pour accepter ce que nous sommes. Forts de cela, nous pouvons alors nous convertir, c’est-à-dire nous détourner de tout ce qui nous empêche d’advenir et de nous tourner à jamais vers Celui qui est le chemin, la vérité, la vie.

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