« nourris-toi! » Bon Carême!

Homélie

Je sais que beaucoup d’entre vous sont tentés, tout simplement parce que vous avez des camarades musulmans, de voir le carême un peu comme un ramadan. C’est le ramadan des chrétiens. J’aimerais mieux, personnellement, qu’on dise que le ramadan, c’est le carême des musulmans!

Mais bon, passons!

C’est tout à fait vrai que le carême, comme le ramadan, ont des points communs, à condition de ne pas voir dans le ramadan uniquement le devoir de s’abstenir de manger, de boire, d’avoir des relations sexuelles, du lever au coucher du soleil. Le ramadan, c’est aussi une période où le musulman est invité à pratiquer davantage l’aumône, à lire le Coran, à prier, en un mot à faire le bien.

Mais vous voyez, il ne faut pas uniquement comparer ce qui se voit, comme les pratiques alimentaires, mais aussi ce qui ne se voit pas. C’est plutôt dans ce qui ne se voit pas, ce que nous faisons dans le secret des coeurs, que le ramadan comme le carême ont des points communs.

Maintenant, ce sur quoi la carême n’est pas le ramadan, c’est sur la signification du carême.

Vous voyez, on a entendu le récit des tentations de Jésus au désert. Eh bien, le carême, c’est suivre Jésus au désert, dans ce combat qu’il a mené contre Satan.

Cela dit, pour bien comprendre ce que Jésus est venu faire au désert, il ne faut pas – comme la liturgie le fait, mais, elle ne peut pas faire autrement, elle ne peut pas nous faire entendre un chapitre entier d’un évangile, elle fait nécessairement des coupures -, mais il ne faudrait pas séparer les tentations, du baptême de Jésus, qui les précède.

Pourquoi? Parce qu’au baptême de Jésus, l’Esprit Saint va descendre sur lui sous l’apparence d’une colombe et que, aussitôt après, presque dans le même mouvement, l’Esprit pousse Jésus dans le désert.

Donc baptême de Jésus et tentation au désert, c’est un bloc inséparable: il y a la face de lumière – le baptême; et la face sombre: les tentations: le positif et le négatif.

Qu’est-ce qui nous est dit au moment du baptême de Jésus?

Le ciel s’ouvrit, une voix se fit entendre: « Tu es mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour. »

Tout de suite après, Jésus est confronté aux tentations, il est mis à l’épreuve.

Pour nous, l’épreuve, c’est ce qui vient se mettre en travers de notre chemin, ce qui nous perturbe, qui nous oblige à changer de plan, à revoir nos objectifs…

Mais, dans la Bible, l’épreuve, c’est plutôt à considérer comme un test, un test de vérification : une manière d’éprouver la valeur de quelqu’un.

Jésus, au moment de son baptême, comprend qu’il est « Fils », aimé de Dieu d’une manière absolument unique.

Cela vaut aussi pour nous: comme un père, une mère aime chacun de ses enfants d’une manière unique, nous sommes, chacun de nous,
aimés de Dieu d’une manière unique, non pas du fait de nos mérites, mais parce que Dieu est Dieu, et que c’est son choix.

Mais peut-être que, toi, tu n’as pas encore assimilé ce fait: que tu es fils, fille de Dieu, bien-aimé(e) du Père.

Parce qu’il ne suffit pas qu’on te le dise au catéchisme ou à l’aumônerie, ou qu’un prêtre, dans son homélie dominicale te le dise, il faut que tu « l’acceptes ».

Pourquoi ne l’accepterais-tu pas?

J’y vois deux raisons principales:

– parce que tu te crois indigne de cet amour, parce que tu penses ne pas le mériter : première raison;

– deuxième raison: parce que tu te dis: oui, mais, à quoi ça va « m’obliger », d’être fils ou fille de Dieu? Qu’est-ce que Dieu va me demander en échange?

Le temps du carême, ce n’est pas un temps d’héroïsme, c’est un temps pour accepter cette vérité qui m’a été révélée au moment de mon baptême: que je suis enfant de Dieu, aimé par lui d’une façon inconditionnelle, qu’il a voulu que je vienne à l’existence, et que ma vie est une bénédiction.

Il n’est pas trop de 40 jours pour effectuer cette démarche, pour assimiler cette vérité, pour l’accepter, pour en vivre.

Et qu’est-ce qui va me permettre de l’accepter?, c’est précisément l’épreuve. Mais l’épreuve, en tant qu’elle est rapportée à mon baptême, c’est-à-dire à mon statut de fils ou de fille de Dieu:

– si je me prive de nourriture, c’est pour me nourrir d’avantage de la parole de Dieu, et du coup je réalise – au sens fort de ce mot – que je suis fils ou fille de Dieu. Je fais que cette réalité ne soit pas une abstraction mais qu’elle prenne corps dans ma vie; je la fais advenir.

– si je fais l’aumône, c’est pas par compassion – tout le monde peut faire l’aumône par compassion, mais c’est aussi parce que celui à qui je fais l’aumône est lui aussi un enfant de Dieu, et que, d’une certaine manière, il est mon frère ou ma soeur.

– si je prie davantage, c’est pour me situer devant Dieu comme son enfant, et lui permettre de m’éclairer dans les choix que j’ai à faire, au quotidien.

vous avez remarqué que la première tentation, et vous savez, si elle est là en première position, c’est pour nous dire qu’elle gouverne, qu’elle chapeaute un peu les deux autres, c’est pas pour nous dire: ne mange pas, mais au contraire pour nous dire: mange, ou plutôt nourris-toi!

Mais nourris-toi de tout ce qui va te permettre de « grandir » dans cette « filialité », c’est-à-dire dans l’acceptation d’un Dieu, qui te regarde comme son enfant, et en qui il trouve sa joie.

Oui, parce que tu es son enfant, tu fais la joie de Dieu!

Dans quelques instants, vous allez recevoir les cendres sur votre front; dans le même mouvement, vous allez déposer une fleur au désert, symbolisé ici par ces branches mortes, et un peu de sable.

Les cendres, c’est le signe de notre fragilité; et quand nous sommes fragiles, le démon peut plus facilement nous manipuler, nous séduire en faisant passer dans nos coeurs des raisonnement mensongers, qui vont nous éloigner de Dieu. Mais le prêtre, en t’imposant les cendres, va tracer sur ton front le signe de la croix, c’est-à-dire le signe de la victoire du Christ sur Satan, victoire qu’il a obtenue par l’amour: face sombre et face de lumière. Les cendres disent ta fragilité mais aussi que tu veux retrouver la lumière de ton baptême et en vivre.

La fleur que tu vas déposer tout de suite après, veut exprimer l’espérance que, dans ce désert, dans ce lieu d’épreuve où l’Esprit te conduit durant 40 jours, la vie filiale pourra grandir en toi, afin que toi aussi tu trouves ta joie, dans le fait d’appeler Dieu du nom de Père, et de le reconnaître comme un Père, pour toi.

Amen.

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