« Déracine-toi et va te planter dans la mer »

Homélie – 27e dimanche TO-C -Messe des Familles

 

Vous savez, cet évangile, il est très étonnant, quand même! Je reprends la première partie de l’évangile: « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici: ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’, et il vous aurait obéi. »

 

Bien sûr, on se dit: moi, je suis loin de pouvoir faire une telle chose. Et la conclusion: c’est que ma foi, elle est bien fragile, elle est bien petite, si elle n’est même pas aussi grosse qu’une graine de moutarde. Je suis allé voir sur Wikipédia pour savoir à quoi ça ressemblait une graine de moutarde: ce sont des graines dont le diamètre n’excède pas 1mm, c’est à peine visible à l’œil nu!

 

Et là, j’en prends un sacré coup! Parce que si je n’arrive pas à déraciner l’arbre qui est dehors pour le planter dans la mer, ça veut dire que ma foi, elle est inférieure à 1 mm! Alors, si elle est si petite, à peine visible à l’œil nu, est-ce que je peux dire que j’ai la foi?

 

Mais peut-être que Jésus ne veut pas nous dire exactement ce qu’il nous dit. C’est même très possible. Imaginez : vous avez une foi capable de déraciner un arbre, vous avez une foi qui vous donne une telle puissance ! Vous utiliseriez certainement votre foi pour lui demander de faire vos devoirs à votre place. Ce serait bien commode !

Mais ce n’est pas cela que Jésus veut nous dire. Jésus raconte une parabole, c’est-à-dire une histoire qui n’a aucun lien avec la réalité, mais qui sert à nous faire comprendre quelque chose.

 

Et là, il faut quelques explications:

 

A l’époque de Jésus, la mer, la mer, ça fait peur: parce que les tempêtes arrivent sans qu’on puisse les prévoir, il n’y a pas météo France à l’époque. Et les bateaux n’ont pas la solidité qu’ils ont aujourd’hui. Il y a beaucoup de naufrages, et celui qui prend la mer a bien conscience d’être confronté en permanence à l’éventualité de la mort.

Et puis, rappelez-vous, le passage de la mer Rouge pour les Hébreux: les Hébreux vont passer par les eaux de la mort, et ils vont en être délivrés par Dieu, alors que l’armée de Pharaon, elle, sera engloutie dans les eaux.

Donc la mer, c’est symbolique, à la fois de la mort, mais aussi de la puissance que Dieu manifeste pour nous libérer de la mort, pour nous sauver de la destruction.

 

Maintenant, l’arbre… Jésus n’a sans doute pas choisi cet exemple au hasard. L’arbre, il évoque certainement l’arbre de vie, dont on parle dans le livre de la Genèse, et qui se trouve au milieu du jardin.

Peut-être aussi que Jésus pense à la croix sur laquelle il va donner sa vie par amour pour nous, pour nous libérer de notre péché.

Jésus est en effet l’arbre de vie qui est descendu du ciel et qui s’est planté dans notre humanité, et ses branches, ce sont ses bras écartés sur la croix, comme s’il voulait embrasser le monde et t’embrasser, toi, personnellement.

 

Si cette interprétation est la bonne, alors la parabole s’éclaire: Jésus veut venir se planter dans ton cœur, dans les forces de mort qui sont parfois dans ton cœur comme: la jalousie, la médisance, le mensonge, la vengeance…, que sais-je encore…, et il veut te dire: moi, dans ses forces négatives ou destructrices, je peux t’aider à traverser les eaux de la jalousie, de la haine, du mensonge, de la vengeance, je peux guérir ton cœur de tous ces sentiments destructeurs qui t’habitent, je peux faire surgir la vie, là où il y a la mort.

Il faut cependant une condition: la foi…, et ce qui est très rassurant, c’est que Jésus ne te demande pas d’avoir une foi extraordinaire: en fait, il se contente de très peu: même une foi fragile, même une foi timide, il en fait son affaire.

 

Un jour, et ça, ce n’est pas une parabole, Jésus devait nourrir une foule de 5000 hommes, sans compter les femmes et les enfants! Ses disciples lui disent: « Renvoie ces foules pour qu’elles aillent s’acheter à manger dans les villages alentour. » Mais Jésus dit à ses disciples: « Faites-les asseoir, et donnez-leur vous-mêmes à manger. » Avec quoi ?, demandent les disciples. Puis ils ajoutent : « Il y a bien un jeune garçon que nous avons repéré qui possède 5 pains et 2 poissons, mais pour nourrir une telle foule, c’est complètement dérisoire! »

Oui, mais une foi aussi minuscule qu’une graine de moutarde, ce n’est pas dérisoire ?

Jésus leur a dit: « Apportez-moi les pains et les poissons de ce garçon. » Et avec ces 5 pains et ces 2 poissons, Jésus a nourri la foule! 

 

Tu vois, Jésus veut te sauver, te libérer de tes péchés, mais il faut lui apporter ces 5 pains et 2 poissons de foi, de confiance, d’amour… Il ne fera rien sans toi ; alors donne-lui cette confiance, dis-lui que tu l’aimes, certes pas suffisamment, et il t’arrive bien des fois d’oublier de dire tes prières, mais peu importe: Jésus s’en contente, il est l’arbre de vie, il a hâte que ses bras se referment sur toi, pour t’envelopper de son amour, de sa tendresse, il a hâte que tu lui ouvres simplement ton cœur. Amen.

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