« J’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi… »

Homélie Fête patronale

En ce jour où nous fêtons la Saint-Roch, l’Eglise nous propose comme évangile celui qu’on a coutume d’appeler: le jugement dernier!

Mais peut-on encore parler de « jugement dernier » aujourd’hui? Est-ce que cela parle encore à nos contemporains? Certains mêmes seraient tentés de sourire en entendant cette histoire de brebis et de chèvres, que le berger sépare… C’est en effet assez loin de notre contexte culturel! Et puis ce discours n’est-il pas un peu simpliste? On a l’impression que le monde se définit entre les bons et les mauvais, comme si l’humanité se dessinait uniquement en noir et blanc, en jour et nuit. Vous savez aussi bien que moi que ce n’est pas le cas.  Rien ni personne n’est jamais tout blanc ou tout noir, tout clair ou tout sombre. Personne n’est parfaitement bon, comme personne n’est totalement mauvais. Alors comment faut-il comprendre ces paroles de Jésus? Parce que prises telles quelles, elles ne servent qu’à nous culpabiliser pour tout ce que nous aurions dû faire, ou peut-être même aimé faire, et que finalement nous n’avons pas fait. Ensuite, elles induisent un clivage, une séparation entre les êtres humains, une séparation que je suis tenté de mettre en place, en regardant le monde avec condescendance.

Est-ce que cela ne va pas finalement à l’encontre de la vérité de l’Evangile, telle que j’ai cru en tout cas la comprendre?

J’aimerais vous proposer deux lectures de ce passage:

une première lecture que j’appellerai: littérale, une deuxième lecture que j’appellerai: évangélique.

– Si j’en fais une lecture littérale, je fais vite le constat je suis assez éloigné de l’idéal décrit ici par Jésus:
certes, il m’est arrivé de donner une pièce à un clochard, mais je n’ai jamais coupé mon vêtement en deux comme saint Martin pour l’en revêtir.

Cet idéal que propose Jésus, je ne l’atteins pas! Mais alors: qui peut être sauvé, en dehors peut-être comme certains hommes d’exception, comme saint Martin, saint Roch…?

Cette question, les disciples l’ont un jour posée à Jésus. Sa réponse fut celle-ci: « Aux hommes, cela est impossible, mais à Dieu tout est possible! »

Mais Dieu peut-il me sauver, ou voudra-t-il me sauver, si je n’agis pas conformément à ce que Jésus me demande? Est-ce qu’il n’y a pas là contradiction, une équation impossible à résoudre?

Finalement, qu’est-ce que je constate? Eh bien que si je fais une lecture littérale de ce passage, j’arrive à une impasse! Au mieux je suis découragé, au pire je suis culpabilisé!

La deuxième lecture que je vous propose est une lecture évangélique, au sens fort du terme. « Evangile », c’est un mot qui veut dire: « Bonne Nouvelle! »

Une lecture évangélique, c’est donc une lecture qui me permet de recevoir ces paroles comme une bonne nouvelle!

Dans la première lecture, celle que j’ai appelée littérale, ma lecture est conditionnée par la perspective du jugement dernier! C’est en fonction de ce jugement dernier que je lis ces paroles.

Dans la lecture évangélique, j’accueille ces paroles comme un point de départ, en vue d’une transformation!

Je suis appelé à mettre en oeuvre ces paroles non pas par crainte du jugement final, mais parce qu’elles sont bonnes nouvelles pour moi, autrement dit, parce qu’elles sont une chance pour moi aujourd’hui. Elles me disent que les actes de charité que je vais poser vont me rendre plus heureux, qu’ils vont donner un sens à ma vie, vont dilater mon coeur, vont me rendre plus à l’écoute des souffrances d’autrui, en un mot qu’ils vont me faire grandir une humanité. C’est finalement une vérité toute simple: ne suis-je pas fier, heureux, lorsque je fais quelque chose de bien, quand j’ai rendu un service à quelqu’un? Si, bien sûr; c’est une expérience que nous avons tous fait bien des fois.

Et pourtant…, c’est pourquoi il est important de lire ce passage en entier: « J’avais faim et vous ne m’avez pas donné à manger; j’avais soif et vous ne m’avez pas donné à boire… »

Par ces paroles, Jésus nous éclaire sur le combat que nous aurons à mener. Le bien, oui, je veux le faire, et pourtant je ne le fais pas toujours. Saint Paul résumera parfaitement cette difficulté inhérente à chacun de nous: « Ce qui est bon, je le sais, n’habite pas en moi, c’est-à-dire dans ma chair: j’ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien. Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. Et si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui le fais, c’est le péché qui habite en moi.… »

Ce combat entre les brebis et les chèvres, il est finalement à l’intérieur de nous. C’est le combat que j’ai à mener contre le péché, contre les forces de mort qui m’habitent, du fait de mon égoïsme, de mon orgueil…

Jésus, par cette parabole, qui d’ailleurs n’est pas une parabole mais une prophétie, m’éclaire donc sur ce combat intérieur que j’ai à mener.

L’Evangile est bonne nouvelle pour moi dans la mesure où je me laisse interpeller par les paroles du Christ, dans la mesure où j’accepte qu’elles m’atteignent dans ce qu’il y a de plus affectif en moi, dans mon rapport à la vie, dans la mesure où elles me donnent d’exister. L’Evangile est bonne nouvelle dans la mesure où j’accepte de faire en moi ce travail d’enfantement, qui m’appelle simplement à naître à moi-même. Amen.

partager cet article

Partager sur facebook
Partager sur google
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur pinterest
Partager sur print
Partager sur email
Retour haut de page